L’homme vert qui vide son rouge


Il est, sans être. Oublié au coin d’un bar, il regarde son verre de rouge. Sa moustache ne semble pas se souvenir de la chaleur du soleil, les yeux vitreux, embués par cette vapeur agressive.

L’air sévère, durcit encore plus au gré des degrés qui ternissent certainement ses rêves de lumière. Un poing fermé, le sourire crispé, les lèvres se rassurent dans un fiel liquide qui ne l’aidera qu’un court instant.

Je l’observe dans sa tenue passée, lassée d’un labeur de non choix tout comme son attitude, et pourtant la rudesse en apparence alors qu’au fond, c’est certainement quelqu’un d’autre qu’un homme perdu. Mais à cet instant, il paraît si, petit ? Faible? Je ne sais comment le décrire plus justement !

Il m’observe, ses traits raidis m’indiquent que je ne dois pas l’approcher. Sa main se referme sur ce centre impersonnel. Qui est-il ? cet homme assoiffé, qui réveille une empathie enfouie. C’est certainement un enfant qui a grandi, perdu sur un chemin qu’il rêvait certainement autre. Ses rêves de gamin en brouillon d’hier, dessinés en brumes aujourd’hui.

Homme tassé par la non-raison d’une vie qui trébuche toujours plus au fond du pire et qui ternit la moindre clairvoyance entre l’avant et l’après d’une lame de chêne qui termine toujours en nœud implacable d’abandon de soi.

Un détail me surprend ! ses lumières d’iris n’éclatent rien dans le fond de ce liquide qui semble l’étreindre souvent. trop ! Il est dix heures du matin. Trop tôt pour s’accouder au comptoir. Il tangue ou tremble ? Voilà, qu’il se met à rire tout seul, en faisant le geste au serveur de lui resservir un canon.

J’ai envie de courir, lui dire que c’est inutile, pas aidant, mais je n’ai pas ma place dans son décor. Je n’existe pas! son esprit nage dans les vapeurs de cette médiocre boisson et le rend aveugle à toutes autres possibilités. Il s’approche d’un camarade de beuverie, lui serre la pince, passe le revers de sa main sur sa moustache accentuant sa propre raison de fatalité. Peut-être conscient quand même que les lignes courbes ne sont qu’un leurre et n’aideront pas demain, pas plus que tout à l’heure lorsque enfin, il se décidera à rentrer se coucher pour cuver.

Il espérera trouver un sommeil lyrique, mais la réalité dure, lui fera encore une fois serrer les poings et cogner sur ce qu’il peut. Sa manière impuissante d’expulser toutes réalités hors de son centre rempli de colère profonde.

Par la vitre, je le regarde tituber le long du trottoir, chercher avec pénibilités ses clefs. L’air passé, blasé, plus vieux que son âge réel. Les sillons de son visage semblent s’être creusés au grès du verre cassé. Dépareillé dans des vêtements mal ajustés. Il revient. Son portefeuille oublié sur le comptoir. Je voudrai lui dire que ce n’est qu’un mauvais passage. Juste un abandon éphémère, mais, il n’est déjà plus là. Que puis-je, si ce n’est le laisser aller aussi loin qu’il le peut. Rien ne sera jamais suffisant à qui se noie seul dans un reflet tournoyant la raison de son chemin. Je suis soudainement triste. Si cet homme était autre qu’inconnu, que pourrais-je faire?

Je suis soudainement absent à moi-même, parce que rien n’est à faire, qui n’a pas était fait auparavant.

Savoir dire “qu’il est trop tard » et abandonner les mots sur une page en buvard de comptoir.

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